Apprendre par le jeu, pour apprendre avec plaisir

Apprendre par le jeu, pour apprendre avec plaisir

8 janvier 2019 0 Par auteur invité
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« On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ». De la même manière, on ne forcera pas à manger un enfant qui n’a pas envie de manger. Comment s’y prend-on alors ? Quelques-uns vont punir et menacer. D’autres vont utiliser des méthodes plus positives, embellir les assiettes en formant des couleurs et des dessins, mettre en scène ou raconter des histoires. Bref, essayer de jouer et d’amuser nos chers enfants récalcitrants. Et qu’en est-il des nourritures spirituelles ? Devraient-elles faire exception ? Ne pourrions-nous pas employer les mêmes méthodes et tenter de leur faire apprendre en jouant et en y prenant du plaisir ?
Pâtisseries amusantes

Sandrine et Christophe sont les auteurs du blog apprendre-par-le-jeu.com. Ils partagent avec nous aujourd’hui dans cet article leur approche des apprentissages.

Résumé de notre parcours et de notre expérience :

Nous sommes un couple recomposé avec quatre enfants dont trois vivent au foyer. Comme nous l’avons expliqué dans « Sortir de l’école pour mieux y retourner », nous les avons instruit en famille pendant 6 ans de 2010 à 2016. C’est à la maison qu’ils ont fait leurs premiers apprentissages et acquis le socle commun de connaissances, de compétences et de culture, qui représente ce que tout élève doit savoir et maîtriser à la fin de la scolarité obligatoire. Pendant cette période, nous avons expérimenté plusieurs formes de pédagogie. Nous avons débuté par l’école à la maison. Nous avons testé les cours par correspondance et les apprentissages autonomes. Mais la forme la plus efficace est de loin les apprentissages par le jeu. Pendant plusieurs années, Sandrine a détourné de nombreux jeux de société pour y introduire toutes les notions élémentaires que nos enfants devaient acquérir.
Cela allait des mathématiques, à l’histoire, en passant par la conjugaison, la grammaire, la géographie. Puis, elle s’est mise à créer ses propres jeux de plateau, qu’elle concevait, dessinait, imprimait. Puis venait ensuite le temps de partage avec nos enfants. Nous avons vraiment pu nous rendre compte que le jeu est l’outil idéal pour les apprentissages scolaires. Ils peuvent être utilisés dès le plus jeune âge et jusqu’à la fin de l’âge de la scolarité obligatoire à savoir 16 ans.

A/ APPRENDRE PAR LE JEU

1°/ Peut-on réellement apprendre en jouant ?

Le jeu est le mode d’apprentissage privilégié du petit-enfant. L’enfant apprend quand il joue et apprend parce qu’il joue. Et justement, il apprend parce que ce n’est pas une activité imposée. Le jeu est une activité choisie, donc quand l’enfant joue, il est réceptif. D’autre part, le jeu est une activité pendant laquelle l’enfant prend du plaisir. Cela veut dire qu’il va naturellement et sans s’en rendre compte associer cette notion de plaisir à la notion d’apprentissage.

… ou ne peut-on apprendre que dans la souffrance ?

Pourquoi aller à l’encontre de cette aptitude naturelle de l’enfant ? « Mais il faut bien qu’il grandisse, qu’il rentre dans le monde des grands ! » Sous-entendu, moi, adulte, j’en ai bavé pour en arriver là, alors il faut que mes enfants en bavent aussi, et de préférence le plus tôt possible. D’ailleurs , cela ne m’a pas tué, cela m’a même rendu plus fort. Selon le bon vieil adage « ce qui ne tue pas, renforce ! ». C’est également le même argument qu’emploient les pourfendeurs de l’éducation à la dure. Certains vont jusqu’à dire (véridique et lu sur des forums) : « Mes parents m’ont frappé, mais j’en suis fier et j’en suis content parce qu’ils ont fait de moi ce que je suis maintenant. » Mais ces personne ne se posent pas deux questions : est-ce qu’elles n’auraient pas pu devenir ce qu’elles sont sans forcément recevoir de coups ? Une étude sur ce sujet a été réalisée par des chercheurs de l’université de Kobe. Et le résultat est sans appel, ce sont les parents les plus encourageants qui permettent le mieux à leurs enfants de réussir, et non les plus sévères ni les plus négligents. Bref, dès que l’enfant rentre à l’école, il doit comprendre qu’il doit travailler… et souffrir. L’étymologie du mot travail viendrait du latin Trepalium, qui était un instrument de torture. Si cet origine n’est pas certaine, la notion de souffrance est toujours associée à celle de travail ! Ah oui, mais c’est la norme ! C’est vrai, d’ailleurs l’éducation à la dure était la norme pendant longtemps. Nous avons heureusement abandonné ces méthodes, sans en abandonner le principe. La coercition et la contrainte sont toujours les éléments fondateurs de nos méthodes éducatives. J’espère sincèrement qu’un jour nous nous apercevrons que ce mode d’éducation est aussi obsolète, improductif, et destructeur, que nous pouvons le penser aujourd’hui de l’éducation à la dure.

2°/ L’avantage de la répétition.

L’enfant n’a rien contre les apprentissages, qu’ils soient scolaires ou autres. D’ailleurs, au départ, il ne fait pas la distinction. C’est l’adulte, qui volontairement fait la différence et instille dans la tête de l’enfant que les apprentissages doivent être difficiles. Oui, il faut travailler pour réussir dans la vie ! C’est un a priori que tout le monde véhicule, consciemment ou non. « Sans travail, on arrive à rien. » Tout le monde vous le répète. Et bien justement, la petite subtilité, c’est que la véritable clé de la réussite ce n’est pas la souffrance, c’est la répétition. Or, on ne conçoit cette répétition que sous l’angle de l’ennui et de souffrance. Mais pourquoi ne pas envisager de revenir sur une notion ou une matière qui nous fait plaisir, et d’envisager cette répétition avec engouement ? C’est justement ce que fait le jeu. Il apporte aux apprentissages le principe de répétition, mais non dans la souffrance, dans le plaisir.

3°/ Éducation à la dure ou parentalité positive ?

Alors, je vous pose la question, si vous aviez à choisir ? Vous préféreriez apprendre en vous faisant plaisir ? Ou apprendre en souffrant ? Comme vous êtes adultes, et que pour la plupart vous avez été conditionné justement par votre éducation, vous allez penser (ce qui est naturel et conforme à l’éducation que vous avez reçue et qu’on vous a inculquée – de force), qu’il faut apprendre en souffrant. Mais l’enfant qui n’a pas encore été conditionné, préférera évidemment la première solution. Avant qu’il soit lui aussi conditionné, et qu’on lui ai bien expliqué que s’il doit souffrir, c’est forcément pour son bien ! Il doit comprendre que ses efforts seront récompensés dans 10, 15 ou 20 ans, quand il trouvera un travail (ou peut-être pas !). L’enfant ne peut se projeter ainsi dans l’avenir, ce n’est pas possible. Il ne comprend que le présent. Et c’est normal. Il vit dans le présent, comme tout le monde d’ailleurs. Alors évidemment, au bout de quelques années de conditionnement, et ce, depuis la plus tendre enfance, il acceptera de travailler, sans voir le résultat. Passons rapidement sur les conséquences de ce conditionnement qui permet d’avoir de bons petits travailleurs dociles et qui acceptent sans rechigner le fardeau, les coups (ah oui, pas physiques, mais mentaux, ces derniers valant bien les premiers), sans dire un mot, puisqu’on le leur a appris depuis leur plus “tendre enfance.

4°/ Faut-il utiliser le jeu pour les apprentissages scolaires ?

“Alors, oui, c’est bien de se faire plaisir, mais le jeu ne doit servir qu’à ça : à se délasser et à prendre du bon temps”. Certains parents pensent qu’il faut conserver au jeu son caractère uniquement ludique et qu’il ne faudrait surtout pas y associer des notions d’apprentissages scolaires car on risque de dégoûter les enfants.

Vous n’arrivez jamais à forcer un enfant à jouer. Ou alors vous ne l’y prendrez pas deux fois. S’il n’aime pas un jeu, ou s’il n’a pas envie de jouer, il ne le fera pas. Nous avons vu que le jeu est le mode d’apprentissage le plus adapté à l’enfant. Quels types de jeux pouvons-nous lui proposer pour favoriser ces derniers ? Tous les jeux sont-ils sources d’apprentissages pour l’enfant ?

5°/ Quels types de jeux utiliser ?

Tous les jeux n’ont pas forcément des vertus pédagogiques. Même si tous les jeux permettent a priori de développer des capacités (physiques ou intellectuelles) ou des connaissances, ils n’ont pas forcément de vertus pédagogiques. C’est là qu’il faut distinguer le jeu libre, du jeu dirigé. Le jeu libre se pratique sans objectif. Le jeu dirigé propose à l’enfant un objectif d’apprentissage précis choisi à l’avance par l’éducateur. Certains prétendent que c’est une manière de tromper l’enfant. Mais pas du tout. D’ailleurs, nous sommes parfaitement transparents sur le type du jeu. Et l’enfant sait parfaitement quand il joue un jeu libre et quand il joue à un jeu pédagogique. Ce n’est pas pour autant qu’il aime moins les derniers que les premiers. Tant que le jeu garde réellement son caractère ludique, l’enfant se moque un peu de l’objectif que le pédagogue a mis derrière. À condition que ce jeu soit plaisant, et donc évidemment qu’il y prenne du plaisir.

6°/ Jeux éducatifs et jeux pédagogiques.

Pour expliquer simplement la distinction entre les deux, les jeux éducatifs permettent à l’enfant d’acquérir une capacité, un notion ou un savoir. Les jeux pédagogiques sont des jeux éducatifs qui visent à faire acquérir à l’enfant une capacité, une notion ou un savoir précis. La différence est minime, mais elle est dans la volonté et la direction qui se situe derrière. L’enfant n’est pas à même de distinguer les deux, ou en tout cas, il ne doit jamais déceler de manière trop visible qu’on chercher à lui faire acquérir quelque chose de précis. C’est toute la subtilité des jeux pédagogiques. Ils doivent enseigner sans en avoir l’air. On pourrait dire que tous les jeux – ou presque – sont éducatifs. Dans la mesure où tous les jeux font développer une capacité, un savoir-faire ou faire un acquérir des connaissances. Mais tous les jeux ne sont pas pour autant des jeux pédagogiques.

Par contre, la plupart des jeux peuvent être détournés pour en faire des jeux pédagogiques. En effet, un jeu utilisé dans le but d’un enseignement précis, est donc détourné de son usage initial, peut devenir pédagogique. À condition qu’il s’instaure une volonté d’enseigner un savoir précis. C’est toute la distinction entre jeu pédagogique et jeu éducatif.

B/ COMMENT METTRE EN PLACE DES JEUX PÉDAGOGIQUES :

1°/ Détourner des jeux existants.

La première méthode pour mettre en place des jeux pédagogiques est de détourner des jeux existants. C’est l’étape la plus simple. Et c’est celle par laquelle Sandrine a évidemment débuté. Comme elle le montre dans son « défi 6 semaines, 1 jeu détourné par jour », presque tous les jeux peuvent servir de support et être détournés en vue d’apprentissages scolaires. Le but est que les enfants continuent à avoir envie de jouer. Il ne faut donc pas leur imposer le jeu. Mais si c’est un jeu qu’ils aiment bien, ils se prêteront facilement au jeu, justement. Car les enfants en général, aiment bien détourner les règles et en créer de nouvelles, même si cela ne plaît pas forcément aux adultes. C’est également une expérience que nous avons tentée et que vous pouvez réaliser vous-même avec vos enfants. À savoir prendre un de leurs jeux préférés, et leur demander d’inventer eux-mêmes une nouvelle règle pour y insérer des apprentissages scolaires.

2°/ Créer des jeux pédagogiques de A à Z

L’autre possibilité, et c’est ce qu’a fait Sandrine dans un deuxième temps de cette instruction en famille, est de créer soi-même ses propres jeux pédagogiques. Sandrine a ainsi créé un bon nombre de jeux, aussi bien sûr l’histoire, que sur la conjugaison, les mathématiques, la géographie, l’histoire de l’art… Créer ses propres jeux pédagogiques demande du temps, de l’imagination, de la créativité. Mais la plupart des parents possèdent ces qualités ! Les premiers jeux étaient très succincts en terme de support, et même d’idées ! Mais c’est en jouant avec les enfants, en comprenant leurs difficultés, en ciblant les styles de jeux qui leur plaisaient que nous avons amélioré petit à petit nos créations ! Aujourd’hui, nos enfants sont rescolarisés, mais les idées et la créativité sont toujours là ! Notre objectif aujourd’hui est de pouvoir proposer des jeux près à l’emploi pour les parents et les enfants qui souhaiteraient se lancer dans l’apprentissage serein et bienveillant : l’apprentissage par le jeu ! C’est donc l’axe que nous souhaitons donner au site apprendre par le jeu.

3°/ Faut-il obligatoirement faire l’instruction en famille pour mettre en place des jeux pédagogiques avec ses enfants ?

Ce n’est évidemment pas obligatoire, mais cela aide. Pour deux raisons. Tout d’abord, cela laisse plus de temps. Compte tenu de l’emploi du temps de la plupart des parents, associé à celui de l’école, cela laisse peu de marge de manœuvre, surtout quand les deux parents travaillent. Si l’un des deux est à la maison, c’est déjà plus facile. Mais dans ce cas, c’est l’école elle-même qui prend beaucoup de temps. Pour ceux que cela intéresserait de faire l’instruction en famille, de nombreux sites mettent en place une aide accompagnée pour déterminer tout d’abord si vous et vos enfants êtes faits pour ce genre d’instruction, et ensuite comment les mettre concrètement en pratique. En particulier « les Petites Chasses au Trésor », que nous ne saurions que trop vous recommander. D’autre part, le fait de faire l’école à la maison, oblige les parents à prendre en main l’instruction de leurs enfants. Ils vont évidemment expérimenter, mais nous voulons leur fournir des outils. L’objectif de notre blog est de proposer des jeux pédagogiques clés en main pour un vaste éventail de matières sur des niveaux allant du CP à la 3e. Mais ces jeux peuvent également permettre aux parents d’approfondir les notions voulues le temps de quelques parties le mercredi, le soir, le week-end, à la place des devoirs de vacances, sans avoir à passer des heures sur l’imagination, la création, la réalisation…

4°/ Faut-il avoir des compétences particulières pour mettre en place des apprentissages par le jeu dans le cadre d’une instruction classique ?

Il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences particulières pour instruire ses enfants, que cela soit dans le cadre de l’instruction en famille ou non. Mais il faut avant tout avoir un tant soit peu de disponibilité en terme de temps. Il est ensuite nécessaire de se pencher sur les programmes scolaires. Enfin, il faut tenter de déceler les matières où l’enfant aurait le plus besoin de développer certaines capacités ou certaines compétences. Soit parce qu’il a des lacunes, et c’est toujours le premier réflexe des parents et des enseignants.

5°/ L’enfant doit être le moteur de ses apprentissages.

Il est évidemment souhaitable que l’enfant soit toujours dans une attitude positive vis-à-vis des apprentissages. Il faut encourager sa curiosité naturelle. Ce qui veut dire également s’adapter à ses rythmes d’apprentissages. Arriver à ne pas le forcer quand il n’en a pas envie, et l’encourager quand il est en demande. C’est vraiment là que c’est le plus porteur et le plus intéressant, car l’enfant devient ainsi moteur dans ses apprentissages. Il n’est pas forcément nécessaire de vouloir aller jusqu’aux apprentissages autonomes, où le déroulement de sa scolarité est laissé entièrement libre à l’enfant. Mais il faut bien avoir conscience qu’un enfant qui choisit lui-même ce qu’il veut étudier va obligatoirement être plus réceptif aux apprentissages dont il est lui-même à l’initiative. Et qu’il sera forcément plus réticent vis-à-vis d’apprentissages qui naissent d’une volonté extérieure, même bienveillante.

Mais il faut bien le reconnaître, l’école ne permet pas que les enfants soient les moteurs de leurs propres apprentissages. Et cela, quelques soient la pédagogie et les méthodes employées. C’est évidemment à déplorer, car l’enfant aura tendance à se sentir « gavé ». Mais c’est malheureusement le mode de fonctionnement de l’école : « faire acquérir un savoir ». Alors qu’il serait tellement plus simple et plus enrichissant de laisse l’enfant se développer par lui-même. Par contre, il faut admettre que tous les enfants ne sont pas forcément prêts pour les apprentissages autonomes, et qu’ils auront quand même besoin d’être guidés et encadrés.

Les jeux pédagogiques sont ainsi des outils formidables pour les apprentissages scolaires dont les parents et les enseignants auraient tort de se priver. Ils permettent à l’enfant de conserver son désir d’apprendre, et ce, justement parce qu’il y prend du plaisir.

Avez-vous déjà expérimenté les apprentissages scolaires par le jeu ? Qu’en avez-vous pensez ? Vos enfants ont-ils apprécié ?

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